Le problème de l’alcool touche également un moyen de transport qui, jusqu’à présent, ne semblait pas pouvoir être concerné. Il s’agit de l’avion, et bien sûr, la question de la consommation d’alcool ne concerne pas seulement les pilotes et le personnel navigant, pour lesquels des règles très strictes s’appliquent, mais aussi les passagers eux-mêmes. En effet, un voyageur ivre et perturbateur constitue également un problème économique, en plus d’être à la fois un risque et une source de désagrément.
La raison ? Les détournements et les atterrissages d’urgence, qui ont des répercussions en chaîne sur les transports mondiaux. Et, selon les statistiques de Ryanair, ils ne sont même pas si rares, puisqu’on parle en moyenne d’un vol concerné par jour. Bref, ce n’est pas un hasard si le PDG de la compagnie low cost la plus célèbre au monde, Michael O’Leary, a avancé une proposition choc : fini l’alcool, non seulement à bord, mais dans tous les aéroports. Et ceux qui ne respecteraient pas ces directives risqueraient de lourdes amendes.
Les passagers ivres sur les vols réguliers, un fléau
Le chiffre le plus frappant est celui qui concerne l’évolution dans le temps : il y a dix ans, Ryanair enregistrait environ un incident critique par semaine, aujourd’hui nous en sommes à près de un par jour. Une escalade difficile à ignorer, surtout si l’on considère qu’il s’agit de déroutements, d’atterrissages d’urgence et de débarquements forcés. Tous ces événements ne perturbent pas seulement le vol concerné, mais déclenchent une réaction en chaîne sur l’ensemble du trafic aérien européen : créneaux horaires perdus, retards en cascade, coûts d’exploitation hors de contrôle.
Les lignes les plus touchées sont celles qui relient les aéroports britanniques et irlandais aux destinations estivales : Ibiza, Ténérife, Alicante, Palma de Majorque, les îles grecques.
Le scénario se répète toujours de la même manière : des passagers qui montent à bord déjà éméchés, après avoir profité des bars côté piste, ces établissements situés à l’intérieur des terminaux qui, contrairement aux pubs en ville, n’ont pas de restrictions horaires et continuent de servir de l’alcool même en cas de longs retards.
Dans le post-pandémie, les compagnies et les associations professionnelles signalent une nette augmentation des agressions verbales, des attitudes violentes et des comportements dangereux en vol : une tendance qui ne concerne pas seulement Ryanair, mais l’ensemble du secteur du transport aérien européen.
Les propositions du PDG de Ryanair
O’Leary ne s’est pas contenté de protester : il a présenté une proposition détaillée, qui vise à redéfinir les règles de vente d’alcool dans les aéroports. En ce qui concerne les conséquences pour ceux qui ne respectent pas les limites, Ryanair a déjà pris les premières mesures : l’année dernière, la compagnie a annoncé une amende de 500 euros pour les passagers dont le comportement entraînerait un débarquement forcé ou un atterrissage d’urgence.
- Le premier point est l’interdiction de vendre avant 10 h dans les bars des aéroports, au moins aux heures de pointe des départs matinaux. « Je ne comprends pas pourquoi on sert de la bière à cinq ou six heures du matin », a déclaré le responsable au Times.
- Le deuxième point est un plafond de deux consommations d’alcool par passager, à contrôler par le biais du scannage de la carte d’embarquement: le personnel des bars devrait vérifier en temps réel combien de boissons ce passager a déjà achetées, avant d’en servir une autre.
Une solution techniquement possible, mais qui nécessiterait une coordination entre les compagnies aériennes et les gestionnaires d’aéroports qui reste encore à mettre en place.
Mais les risques réels pour un passager perturbateur vont bien au-delà : au Royaume-Uni, se saouler dans un avion peut coûter jusqu’à 5 000 livres sterling et entraîner jusqu’à deux ans d’emprisonnement. Et les précédents judiciaires ne manquent pas : dans une affaire récente, Ryanair a réclamé 15 000 euros de dommages-intérêts à un passager accusé de comportement agressif sur un vol Dublin-Lanzarote.
Des mesures qui, pour l’instant, s’appliquent au cas par cas, car la proposition de M. O’Leary n’est pas encore une loi, ni au niveau européen ni au niveau mondial, et le débat entre les compagnies aériennes, les gestionnaires d’aéroports et les opérateurs commerciaux est loin d’être clos.







